Introduction :
I.) Les origines modernes du quatrième mur :
A l'aide de cette exigence de la peinture illusionniste, Diderot imagine pour le théâtre ce qu'on appelle aujourd'hui le « quatrième mur ». D'Aubignac affirmait en 1657, un siècle avant Diderot, dans La Pratique du théâtre :
« Tout ce qui paraît affecté en faveur des spectateurs est vicieux. »
Diderot, lui, reformule cette théorie dans les Entretiens sur le Fils naturel, en se basant sur les ouvrages de D'Aubignac :
« Dans la représentation dramatique, il s'agit non plus du spectateur que s'il
n'existait pas ».
Il la retouche l'année suivante dans De la Poésie dramatique, par ce conseil destiné à l'acteur :
« Imaginez, sur le bord du théâtre, un grand mur qui vous sépare du parterre ; jouez comme si la toile ne se levait pas. »
La scène théâtrale est donc conçue comme un cube dont on aurait enlevé l'un des côtés :
« La position des acteurs toujours debout et toujours tournés vers le spectateur vous paraît gauche. – [...] Je voudrais que vous eussiez pour vos répétitions un théâtre particulier, tel par exemple un grand espace rond ou carré, sans devant, ni côté, ni fond, autour duquel vos juges seraient placés en amphithéâtre. »
II.) André Antoine et sa vision de la mise en scène :
André Antoine applique donc dans ses pièces la théorie du quatrième mur, instaurée auparavant par Diderot. Il fait ainsi totalement abstraction de la présence de spectateurs, donnant à son théâtre une tournure beaucoup plus réaliste que ce qui existait alors. Ainsi, par exemple, la présence de vrais morceaux de viande pour Les Bouchers en 1888 fait scandale. Antoine renforce donc le réalisme de ses pièces en sacrifiant la bienséance et l'aise du spectateur. Là encore, il adopte les principes du naturalisme en donnant de l'importance au décor naturel, ces « éléments d'un réel déterminant les comportements de ses protagonistes ». Le théâtre doit être, selon Antoine, le plus proche possible de la réalité, et doit être joué comme un événement quotidien, sans stylisation. On peut alors parler de « Tranche de vie » : la pièce ne représente plus qu'un élément normal de la vie de tous les jours.
III.) Définition du quatrième mur :
Mais la définition du quatrième mur n'est pas la même pour tous : pour Berthold Brecht par exemple, ce mur imaginaire sert à « prendre ses distances par rapport à la réalité », interdisant à l'acteur l'identification à son personnage. En effet, pour ce poète, metteur en scène et dramaturge allemand du XIX – XXème siècle, il fallait rompre avec l'illusion que produisait le théâtre et pousser le spectateur à la réflexion. Ses pièces sont donc ouvertement didactiques. Panneaux avec des maximes, apartés en direction du public pour commenter la pièce, intermèdes chantés, tout est la pour que le spectateur ait un regard critique. Dans ses pièces de théâtre et ses mises en scène, l'acteur doit donc plus raconter qu'incarner, susciter la réflexion et le jugement plus que l'identification. Le quatrième mur de Brecht ne se trouve ainsi plus qu'entre l'acteur et le spectateur, mais aussi entre l'acteur et le personnage.
Certain metteurs en scène et acteurs, par contre, préfèrent briser le quatrième mur. Cela consiste à prendre le public à témoin de ce qui se passe sur la scène, ou à faire un clin d'½il pour constater que ce qui s'y passe n'est après tout qu'une fiction. Briser le quatrième mur est souvent utilisé pour créer un effet comique. Le spectateur est ainsi en contact étroit avec les acteurs, le quatrième mur s'est envolé, le public fait partie de l'action en permanence.
IV.) L'histoire du quatrième mur :
Bien que le quatrième mur est un terme mis en place au XVIIIème siècle, cela ne signifie pas que le principe n'existait pas avant les théories de Diderot. Déjà, dans l'antiquité, les grecs possédait un ch½ur pour le théâtre. Ce ch½ur présentait le contexte et résumait les situations pour aider le public à suivre les événements, fait des commentaires sur les thèmes principaux de la pièce et montre comment un public idéal est suppose réagir a la représentation. Le quatrième mur était donc ici impossible, et c'est justement grâce au ch½ur que le spectateur avait un lien direct avec les acteurs. Le protagoniste, lui, met en place un lien entre les acteurs qui vont peu à peu apparaitre âpres lui (comme le deutéragoniste, tritagoniste, etc.). Il se sépare donc du ch½ur, qui va se retrouver seul face au public et sera le seul élément à parler, et a faire la connexion entre public et scène. Il y a donc déjà une mise en place d'une barrière par le protagoniste. Mais cette barrière est cependant souvent brise par le ch½ur. Le quatrième mur était donc, dans le théâtre grec, déjà existant mais très faible et nouveau comme concept.
Au Moyen-âge, le quatrième mur disparu peu a peu, du a la propagation de deux style de théâtre : les spectacles profanes et religieux. Les spectacles profanes demandent peu de moyens et sont joues par des artistes et acrobates, ressemblants en quelque sorte aux artistes de rues. De nouveau le public était donc très actif et le quatrième mur, quasi inexistant. Les spectacles religieux, comme son nom l'indique, illustrent un ou plusieurs épisodes tires de la Bible. Nés dans les églises, ils pouvaient donner lieu a des spectacles grandioses, avec de très nombreux acteurs, qui étaient connus personnellement du public. De nouveau, ce dernier était donc très implique dans la pièce et faisait parti intégrante du spectacle, et le quatrième mur est efface momentanément.
Ce sera seulement a la Renaissance que commencera la lente appropriation du théâtre par le pouvoir en place. Cette transformation début par un changement architectural important comme le souligne Michel Viegnes dans son ouvrage Le théâtre : problématiques essentielles
« Deux innovations architecturales ont sans doute contribuée a enlever au théâtre ce caractère de spectacle populaire : le fait de jouer dans des salles fermées, et la scène dite « l'italienne »
En effet, la scène a l'italienne accentue la séparation entre le public et les acteurs car le spectateur se trouve plus éloignés, plus hait et sont pris comme dans une « boite » de par les trois cotes de la salle. Mais cependant le théâtre va évoluer assez rapidement vers un style moins hétéroclite, plus structuré. Il s'agit la d'un moment clé dans l'histoire du théâtre : l'opinion du public n'est plus l'élément essentiel dans le succès ou l'échec d'une pièce. Le quatrième mur prend une place de plus en plus importante.
Conclusion :



